Je n'ai pas ma dose.

Publié le par Léo Nil



Eric, viens de nous livrer son plus récent recueil...

  • Nouvelles du Nord, Le Dilettante 1984.
  • Manfred ou l’hésitation, Le Seuil, 1985.
  • Duo forte, Grasset, 1989.
  • L’Ange de Bénarès, Flammarion, 1993.
  • Bruits de cœurs, Les Silènes, 1994.
  • La Belle Jardinière, 1994.
  • L’Homme de chevet, Flammarion, 1995.
  • La Tolérance, dessins de Jean-Marie Queneau, Claude Stassart-Springer, éditions de la Goulotte, 1995.
  • Deux Poèmes, dessins de Jean-Marie Queneau, Claude Stassart-Springer, éditions de la Goulotte, 1996.
  • En compagnie des femmes, Le Dilettante 1996.
  • Mademoiselle Chambon, Flammarion, 1996.
  • Jours en douce, Flohic éditions, 1997.
  • On dirait une actrice, Librio, 1997.
  • Bienvenue parmi nous, Flammarion, 1998.
  • Les Cabanes, dessins de Claude Stassart-Springer, éditions de la Goulotte, 2000.
  • La Correspondante, Flammarion, 2000.
  • Masculins singuliers, 2001.
  • Hongroise, Flammarion, 2002.
  • L’Histoire de Chirac, Flammarion, 2003.
  • Les Sentiers délicats, Le Dilettante 2005.
  • La baïne, 2007
DE LOIN, ON DIRAIT UNE ÎLE

Eric Holder
Le Dilettante 192 p., 16 €

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Eric Holder, explorateur du Médoc


Après «La Baïne» (Seuil, 2007), cet écrivain discret évoque son installation dans le finistère aquitain, entre l'estuaire de la Gironde et l'Atlantique, les rites d'initiation et sa découverte des habitants

Comme à chaque rentrée, le milieu littéraire et le petit monde des critiques s’empoignent autour de quelques noms qui tiennent le haut du pavé parisien. Et puis sous l’écume de cette marée, soudain la lame de fond d’un écrivain discret dont le courant nous emporte ailleurs.

Pour calmer le regret de la femme de sa vie de ne pas habiter près de l’océan, Éric Holder a quitté sa Marne d’adoption pour s’installer dans le Médoc, entre Queyrac et Vendays, « à l’intersection du 45e parallèle et de l’ouest de Greenwich » (1). Aux confins de terres mystérieuses, ancrées entre l’estuaire de la Gironde et l’Atlantique, où les habitants développent une mentalité d’insulaires et des complexes de repli.

Par habitude, Éric Holder aborde les rades de la presqu’île. Il se pose au Mocambo, à Soulac. Tout le porte à contempler la belle serveuse et à y retourner pour le plaisir que son imagination en retire. Ses regards insistants et ses demandes silencieuses le rendent suspect. Sans s’être départi de la prudence de l’observateur transi, le soupirant se retrouve indésirable, interdit de séjour. Il reviendra pourtant errer aux alentours, à ses risques et périls, espérant toujours une remise de peine.

À Saint-Vivien, il s’initie aux subtilités de la langue locale qui entremêle le gascon au bordeluche (le parler du Bordeaux populaire) et à des hispanismes des bords de l’eau, qui se déguste le rouge aux joues et le rire aux lèvres. Éric Holder passe en revue ses voisins : Pierrot, à la carrure et au pas de géant qui « travaille, dit-il, pour ne pas tomber » ; Lucien et ses sabots qui, à 80 ans, s’en réserve toujours une paire de rechange ; Francine, la maraîchère, qui renouvelle gaillardement le parler des rencontres et dont les « mots comme au Scrabble comptent double, et d’autres triple ! »

Sa description de la liaison ferroviaire Bordeaux-Lesparre, concentré d’habitués qui se connaissent tous, escortés par une contrôleuse qui vocalise, est une ode en faveur de l’usage bucolique des trains de campagne. Il évoque aussi avec une tendresse interloquée ses relations mouvantes avec son adolescent de fils. Dans cette région autrefois déshéritée, aujourd’hui sinistrée, le travail manque. Contre un infâme pécule, Éric Holder, qui tire le diable par la queue, se fait embaucher comme vendangeur, soumis à un traitement humiliant.

Comme toujours, Éric Holder s’attache à des personnages en relief : Geneviève et ses mille vies, pourvoyeuse d’utopies ; Monsieur R. avec lequel il partage une dilection pour le latin ; son dealer de haschich à Bordeaux, un soufi roué, madré et lettré ; et Alicia, la vendeuse au rayon charcuterie du supermarché, soudain introuvable, lui permet de dessiner son type de femmes : « Je compris que c’était la Médoquine, une chimère, une proie inaccessible, une construction mentale, une créature rêvée impossible à attraper. »

Les seconds rôles qui peuplent ses romans, il les retrouve dans ce Médoc retranché. Il les croise en vrai et s’accroche à eux, ravi de l’aubaine : Jean, le mécanicien auto ; Françoise, la fermière misanthrope, et surtout Tilde qui tient le café de l’Armistice et « compte une soixantaine d’enfants » autour du zinc. Éric Holder décrit le privilège de se sentir aimé par elle, la consolante de ce finistère.

On sort de ce livre en état de bonheur, comme en lévitation au-dessus de la gravité de l’existence. Envoûté par la douceur, le charme feutré du style, l’infinie délicatesse et le regard poétique que porte Éric Holder sur le monde qui le cerne.

soure: la croix

Je ne l'ai toujours pas lu (le plus récent)...mais j'y ai bu à sa santé....et a la mienne...Paroles paroles ...qu'elles furent douces.



Publié dans paroles

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